
Les "cinq de Damanhour" condamnés à la prison pour homosexualité
Mardi 12 mars 2002
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Le caire de notre correspondant
Lundi 11 mars, la cour correctionnelle de Damanhour, dans le Delta, a condamné cinq Egyptiens à trois ans de prison pour homosexualité. Ils avaient été arrêtés le 10 janvier lors de rafles "dans les milieux pervertis", à la suite du meurtre d'un général à la retraite qui, selon l'autopsie, avait eu des rapports homosexuels. Malgré la confirmation de leur innocence dans ce crime, les accusés ont été poursuivis pour "pratique et incitation à la débauche", conformément à la loi de 1961 contre la prostitution, l'homosexualité n'étant pas considérée comme un délit par la législation égyptienne. Selon le Comité international gay et lesbien des droits de l'homme basé à San Francisco, "les cinq de Damanhour" ont été battus et humiliés pour les forcer à avouer.
Cette affaire est loin d'être unique. Le 2 février, une peine identique avait été infligée par la cour correctionnelle à quatre habitants de Boulaq el-Dakrour, banlieue populaire du Caire, pour homosexualité. Ils avaient été arrêtés le 10 novembre 2001 et accusés de "gérer un lieu de débauche". Le 7 février, un autre homosexuel, originaire d'Ismaïlia sur le canal de Suez, arrêté après avoir publié une petite annonce sur Internet, avait été lui aussi condamné à trois ans de réclusion. Depuis, le site gayegypt.com a codé toutes les petites annonces. Pour les mêmes raisons, huit autres personnes ont été condamnées à des peines plus légères (de un à six mois de prison) au cours des trois derniers mois. Au total, depuis novembre dernier, 41 hommes ont été cond! amnés pour homosexualité.
Selon les milieux homosexuels égyptiens, les autorités ont changé de tactique après avoir été échaudées par la levée de boucliers internationale qui avait suivi les premières condamnations. Aux protestations de membres du Congrès américain et d'organisations de défense des droits de l'homme, s'étaient ajoutées celles de députés français et européens. En février, lors d'une visite du président égyptien, Hosni Moubarak , à Paris, le mouvement s'était amplifié : manifestation place de la Concorde, pétition de 5 000 signataires lancée par Jean-Michel Jarre et, plus embarrassant encore, une déclaration officielle de Jacques Chirac lors d'un déjeuner à l'Elysée en l'honneur de M. Moubarak. Le président français avait, "au nom de la défense des liberté! ;s et du refus de toute discrimination", fait part de sa "très grande inquiétude" et "souhaité, sans vouloir faire d'ingérence, que l'on puisse revenir sur ces décisions".
La nouvelle politique du Caire consiste maintenant à éviter les grandes rafles et les procès spectaculaires pour ne pas donner prise à une médiatisation internationale. La chasse aux sorcières se fait, désormais, de manière rampante.
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